Knowtex Blog

Yves-Armel Martin & Laurent Chicoineau : l’innovation en Rhône-Alpes

Le 29 mars 2011 par Marion Sabourdy

Vendredi 18 mars avait lieu à Cap sciences (Bordeaux), une journée d’ateliers consacrés à l’économie créative. L’occasion de rencontrer les acteurs de ce milieu, dont Yves-Armel Martin (directeur du centre Erasme – voir notre article à ce sujet) et Laurent Chicoineau (directeur du CCSTI La Casemate). Passionnés par les enjeux du numérique, ils incarnent à eux deux l’innovation dans le milieu culturel et muséal français.

Yves-Armel Martin

Yeux rieurs, voix douce, Yves-Armel Martin (@yam) cache bien son jeu. Avant de devenir le directeur du centre d’expérimentation multimédia Erasme en 1998, il est passé par l’X-Telecom et a été développeur indépendant, notamment dans la Silicon Valley aux États-Unis.

Historiquement, Erasme a été créé pour « conduire des expérimentations » et encourager le développement d’un territoire rural par le numérique (d’abord le canton de Saint-Clément-les-Places, près de Lyon, puis tout le département du Rhône).

Aujourd’hui, « on continue à fournir des services comme de l’hébergement de sites mais cette activité diminue au profit du design des usages publics du numérique ». En clair, le centre met en place des méthodes qui entrent dans le cadre des Living Labs : ils testent, expérimentent, échouent parfois, mais progressent et réinventent les usages du numérique dans trois domaines : l’éducation, la culture (notamment les musées) et le social (avec des services pour les personnes âgées).

Selon Yves-Armel, la philosophie d’Erasme est assez proche de celle de Cap Sciences : « comprendre comment le numérique impacte l’espace d’exposition ». Une approche différente d’autres lieux de sciences, comme le Muséum de Toulouse, qui mène un excellent travail mais plutôt du côté des réseaux sociaux. « Cap Sciences s’est inspiré de nos projets exploratoires et les a intégrés au cœur de son projet d’établissement. Je suis ici pour voir où ils en sont et confronter notre expérience aux dynamiques d’autres régions ».

Interrogé à la mi-journée, il constate la présence d’un « public hétérogène dans son niveau de maturité par rapport au numérique ». Il regrette que, d’une manière générale, les acteurs de la culture ne se rendent pas compte de la manière dont « le numérique change tout dans le musée et transforme le savoir ». Il est plutôt vu par le prisme du loisir, de l’amusement et non d’une possible révolution culturelle selon lui.

La France, par ailleurs pays très créatif, manque de confiance selon « Yam » : « On cantonne le numérique dans les formes qui existent actuellement au lieu d’expérimenter. On ne sait pas mettre en jeu des dynamiques créatives contrairement aux américains à la culture marquée par le « Yes we can ». Les industries créatives, en mettant le focus sur la créativité, obligent à prendre en compte la notion de confiance. Voilà un énorme champ à explorer » conclue Yves-Armel.

Laurent Chicoineau

Lors d’une journée sur l’économie créative, le numérique dans les espaces muséaux et les réseaux sociaux, Laurent Chicoineau se rappelle, plein de dérision « en 1995, j’ai créé un CDRom de médiation de la microélectronique ! ». Une remarque qu’il voulait anecdotique mais qui montre plutôt l’avance qu’a déjà pris le directeur du CCSTI La Casemate, à Grenoble, dans sa réflexion sur le numérique.

Le reste de son parcours souligne, s’il le fallait, son ouverture d’esprit : « je viens des science humaines et sociales et j’ai été journaliste scientifique à la radio ». Puis il a intégré la grande famille des « CCSTiens », d’abord à la communication, puis du côté des expositions, du multimédia, de la programmation et enfin la direction générale.

Tout comme Yves-Armel, Laurent est étonné que les représentations de beaucoup d’acteurs de la CCSTI « ne correspondent pas à ceux de la société d’aujourd’hui. Ce matin, une seule personne a fait référence aux révolutions arabes qui ont lieu, alors que ces événements, comme ceux au Japon, vont forcément impacter nos vies ».

Pour illustrer son point de vue, il prend l’exemple du premier centre d’accès public à internet à Grenoble qu’il a contribué à créer. Depuis, « le numérique a évolué, il nous a bousculés ». A l’heure où presque tout le monde peut avoir accès à internet chez soi, « à quoi servent encore les cyber-centres, à part éventuellement une fonction sociale ? ».

Par son travail sur son blog et au sein du master de communication scientifique et technique où il intervient, Laurent souhaite pointer du doigt certaines visions datées et situées de la connaissance et les faire évoluer. « Beaucoup sont pessimistes et ne voient pas tout le côté constructif et les potentialités du numérique et de l’économie créative ». Ainsi, Laurent s’intéresse de manière étroite aux FabLabs dans lesquels « on remet en scène le savoir-faire, l’acte technique, l’appropriation de l’outil ».

Contrairement aux débats science-société où « tout le monde joue plus ou moins un rôle », ces lieux « incitent les gens à pratiquer ; on s’expose beaucoup plus et cela change notre regard sur la technique ». Une bonne manière de renverser la notion que les connaissances seraient du contenu à transmettre via des outils techniques finalement assez triviaux.

Autre violon d’Ingres du dynamique directeur : les différentes formes d’utilisation d’internet, en particulier la mobilité, avec un projet de visite de la ville de Grenoble « augmentée ».

Du côté des CCSTI, Laurent déplore le faible investissement des centres dans ces thématiques. « Cap sciences [ndlr : et La Casemate] entre[nt] dans le petit nombre de centres qui réfléchissent sur leurs pratiques et sur le numérique », dans un contexte de grand emprunt. « Ces rencontres contribuent à créer une communauté, des amitiés, sourit-il, et engager un effort de pédagogie vis-à-vis de nos partenaires, des acteurs de la CSTI et du public ».

>> Source : compilation de deux billets initialement publiés sur le Studio Cap sciences (12)

>> Illustrations : portraits par Cap sciences, affiche de l’exposition « Tous connectés » par La Casemate

Ajoutez un commentaire

Pas encore membre ? Inscrivez-vous pour laisser un commentaire ! Déjà membre ? Connectez-vous

Tous les contenus, sauf exception signalée, sont sous licence Creative Commons BY-NC-SA